La splendide chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde, de style gothique flamboyant, est érigée dans l'écart du Kapellenhof. Elle se situe au pied des pentes du Grünberg, nichée au cœur de la forêt, omniprésente dans la verte commune de Mouterhouse.
Histoire
La chapelle Notre-Dame de la Miséricorde est construite en 1504 par le comte Reinhard de Deux-Ponts-Bitche et placée sous l'invocation de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Elle est érigée à cent mètres du château de la Wasserburg que le comte fait construire l'année suivante, dans la vallée du Moderbach. Une bulle du pape Léon XI accordant une indulgence aux principales fêtes de la Sainte Vierge, privilègie dès ses origines la chapelle qui connait très vite une affluence de pélerins venus de tous les horizons. A l'intérieur de la chapelle se trouve une inscription sculptée dans une plaque de grès, encastrée dans le mur ouest. Ecrite en allemand gothique, on peut y lire les indications suivantes : Reinhart graff von Zweibrücken Lichtenberg und Bitsch - Reinhardt comte de Deux-Ponts Lichtenberg et Bitche. On suppose néanmoins que la plaque a été ajoutée ultérieurement, car les deux dates ne correspondent pas.
Malgré sa popularité croissante, le sanctuaire de Mouterhouse ne peut échapper aux ravages des Suédois en 1633, lors de la guerre de Trente Ans et pendant près d'un siècle, elle reste livrée à l'abandon.
Révolution française
Restauré en 1723 comme l'atteste une inscription dans la pierre d'autel, l'oratoire connaît à nouveau une longue période de désolation après 1789. Cette année-là, les révoltés de Bitche viennent prendre possession de la chapelle et de tout son contenu. Mais des âmes précieuses avaient eu le soin de mettre en lieu sûr la
statue de la Très Sainte Vierge, après avoir eu connaissance des faits scandaleux auxquels se livraient ces brigands. Le calme retrouvé, on sortit la Madone de sa cachette pour la placer dans l'église paroissiale.
Famille de Sonis
La chapelle reprend son éclat en 1824, grâce au pieux et généreux Monsieur Pierre René Orono de Sonis, principal actionnaire des forges de Mouterhouse, et elle est rendue au culte en 1839. La statue de la Sainte Vierge, mise en sûreté à l'église paroissiale au moment des troubles révolutionnaires, reprend le chemin de la chapelle et les pélerins reviennent très nombreux invoquer Notre-Dame. Le petit édifice brille à nouveau comme jadis, tel un véritable bijou. Monsieur de Sonis a effectué différents legs dont la trace a été retrouvée dans le registre de la fabrique sous forme de lettre :
« Les legs que j'ai résolu de faire sont les suivants : La fabrique de Mouterhouse : la somme de 2800 francs pour lui constituer une rente perpétuelle de 1120 francs qui sera employée comme suit :
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500 francs seront distribués tous les mois par le curé de la paroisse en secours aux habitants pauvres du hameau de la ville fonderie y compris la scierie qui en dépend et la famille Niederberger établie dans la chapelle.
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400 francs seront affectés à l'entretien de la chapelle de Notre Dame auxiliatrice à charge de la fabrique d'y faire dire tous les ans cinquante messes à l'intention des membres de ma famille vivants et défunts.
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120 francs seront affectés aux
frais de l'octaire à l'église de la paroisse.
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100 francs seront employés selon que M. le Curé de la paroisse le jugera à propos de la nouvelle église de Baerenthal.
Fait et signé de ma main Jérusalem Carmel du pater le 27 juin 1887. »
Seconde Guerre mondiale
Durant la dernière guerre, il s'en fallut de peu que la statue de la Sainte Vierge ne devînt une prise de guerre, par un vol des forces d'occupation nazies. En effet, en 1942, la commission pour le patrimoine populaire et culturel charge l'administration militaire de transporter cette œuvre d'art dans le dépôt prévu à cet effet et situé dans le château du comte de Leuse, à Reichshoffen.
Un adjudant et deux hommes viennent donc à Mouterhouse dans le but de déplacer la Madone. Ceux-ci se rendent chez Monsieur Gross, le maire de l'époque, mais celui-là, protestant, ne se considère pas compétant en la matière pour autoriser la prise de la statue, propriété de la paroisse catholique. L'adjudant va donc à l'école chez Monsieur Auguste-Bernard Koelsch, puisque l'abbé Schmitt était absent. M. Koelsch persuade l'homme en question qu'il ne s'agit pas d'une œuvre d'art mais d'une simple statue pieuse, de facture populaire. Le commando rebrousse alors chemin et la statue de la Sainte Vierge est une fois encore protégée comme il se doit. Et en 1945, une grande procession est organisée afin de ramner la statue de la Madone à son emplacement initial qu'est la chapelle. Durant le conflit, celle-ci était désaffectée et utilisée comme menuiserie.
Édifice
Il s'agit d'un élégant petit édifice en pierre de taille de type église-grange, en grès rose, avec un chevet polygonal, restauré après les guerres du XVIIe siècle. Un campanile surplombe la première partie de la petite nef, carrée et très simple. Celle-ci se prolonge par un chœur s'achevant en abside à trois pans, renforcé par d'épais contreforts. Ceux-ci laissent penser que le chœur a peut-être été voûté à l'origine. Pourtant, le regard est attiré par la dentelle des remplages ornant les trois grandes fenêtres du chœur. Fai
t étrange, les deux fenêtres de la nef sont très dissemblables. Si l'une est d'une grande richesse, la seconde est d'une simplicité presque austère. Le toit de la chapelle est à longs pans avec croupe et flèche carrée.
A l'extérieur du sanctuaire, se situe un ancien cadran solaire, à droite de la porte de la chapelle. On peut y lire : Die fliehenden Stunden des Lebens, ce qui se traduit par : les heures fugitives de la vie. Le passant peut également admirer une vieille croix dont le socle représente St. Hubert, patron des chasseurs.
Statue
Haut-lieu spirituel du pays de Bitche et but d'un pélerinage marial très fréquenté, la chapelle conserve une statue polychrome grandeur nature de la Vierge de Bonsecours, qui se dresse derrière l'autel - autrefois au-dessus. Sculptée dans un seul tronc de tilleul au début du XVIIIe siècle, une harmonie émane de cet ensemble haut d'un mètre cinquante. Le visage serein de Marie est encadré par un petit voile court. Elle est revêtue d'une longue robe rose au drapé délicat et protège sous son ample manteau tutélaire d'un bleu céleste les quatorze personnages dont une légende a fait, à tort, les quatorze Saints Auxiliaires, très vénérés dans le Bitscherland.
Dans les premières décennies du XVIIIe siècle, les ducs de Lorraine favorisent le renouveau de la dévotion à cette iconographie, se faisant même représenter eux-mêmes avec leur famille sous les bras de la Sainte Vierge. C'est le cas dans cette statue, où sont représentés en réalité les différentes classes de la société, depuis le duc et la duchesse de Lorraine, agenouillés aux pieds de la Sainte Vierge, jusqu'aux bourgeois, aux moines et aux simples nonnes. Tous semblent invoquer avec anxiété et cependant une grande confiance la protection de la Sainte Vierge. Un éclat d'obus provoqua un léger dommage au niveau du cou de la Madone, encore
visible de nos jours. La statue constitue toute la richesse et la noblesse de ce sanctuaire dont l'intérieur est d'une extrême simplicité, sans aucun ornement important. Deux statues modernes et un petit chemin de croix en plâtre sont également visibles dans la petite chapelle.
Lors de la réouverture de la chapelle après la restauration entreprise par Monsieur de Sonis, on a placé un autel peu digne de figurer dans ce charmant petit édifice. Celui-ci servira donc jusqu'à des temps meilleurs : Mademoiselle Noémi de Sonis mettant à exécution une de ses idées, fait ainsi installer un autel dont la sculpture correspond davantage avec le style de la chapelle et dont la disposition se prête parfaitement à recevoir la statue tant vénérée par les paroissiens et les fidèles des alentours. Cet autel sera remplacé par un autre, plus modeste et en bois, après les réformes liturgiques prévues par le concile Vatican II dans les années 1960. Il se situe désormais devant la staute, qui est elle placée en hauteur.