Église St. Bernard de Reyersviller 

 

Avec ses maisons dispersées en ordre lâche, le charmant petit village de Reyersviller s'étire dans la longue et verdoyante vallée du Schwangerbach, en plein cœur du pays couvert, à deux kilomètres au sud-ouest de la ville de BitcheLe patrimoine religieux du village est très riche, puisqu'il possède l'église St. Bernard, construite une première fois à la fin du XIXe siècle dans le style néogothique, avant d'être détruite La nouvelle église St. Bernard, reconstruite seulement de 1956 à 1959.par les bombardements de la seconde guerre mondiale et remplacée à la fin des années 1950 par un édifice moderne, six croix de chemin et calvaires parsemant le ban communal, le calvaire de type Bildstock érigé dans l'écart de Schwangerbach au XVIIe siècle, ainsi que le chemin de croix contemporain, installé dans la forêt dominant le village et aboutissant à la Croix du Schimberg.


Histoire

Du point de vue spirituel, le petit village de Reyersviller est tout d'abord succursale de la très ancienne et vaste paroisse St. Rémi de Schorbach jusqu'en 1802, dans l'archiprêtré de Hornbach, aujourd'hui situé en proche Allemagne. Il passe alors dans le nouvel archiprêtré de Bitche et devient annexe de cette paroisse et le restera jusqu'en 1863, date L'autel de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus avant la guerre de 1939-1945 (d'après une carte postale).de son érection en paroisse auL'ancienne église St. Bernard, de style néogothique, est détruite en 1945.tonome de ce même archiprêtré. 

Au début du XIXe siècle, les habitants du petit village de Reyersviller, déjà commune depuis la Révolution française de 1789, sont toujours astreints à se déplacer à l’église de Bitche. Il existe bien un premier projet de simple chapelle pour le village, mais il est abandonné, faute de ressources. Une nouvelle incroyable parvient cependant en 1853 : un mécène serait prêt à verser gracieusement la somme considérable de 20 000 frs, afin de construire une église dans le village. Il s’agit du chanoine Thomas, secrétaire de l’Evêché de Metz. Etant originaire de Bitche, il connaît parfaitement les possibilités de ce village à la terre sablonneuse peu fertile. Par ailleurs, dans son esprit, comme il l’exprime dans une lettre, « ce chantier ne pouvait qu’être bénéfique à de nombreux Vue intérieure de l'église St. Bernard vers le chœur avant la seconde guerre mondiale.habitants du village et des environs. Une région riche en tailleurs de pierre, carriers, maçons et manœuvres ».

En outre, dans une pétition en date du 8 décembre 1853, il demande au gouvernement d’accorder à cette pauvre commune une subvention de 13 890 frs afin de compléter la somme de 33 890 frs du devis, établi bénévolement par Jules Racine, architecte de Metz. Dans la même correspondance, il demande que le village obtienne le titre de paroisse, étant incapable d’entretenir un vicaire résident. L’abbé Cordier de Bitche, sans doute pas étranger à cette manne, remercie chaleureusement le généreux donateur, qui a fait le même geste pour le proche village d’Eguelshardt. Malheureusement, sa lettre au ministère essVue intérieure en 1945 (d'après un album de M. Pierron, " Les ruines qui parlent dans l'arrondissement de Sarreguemines ").uie un refus, parce que « les crédits portés au budget des cultes sont exclusivement réservés aux églises ouvertes au culte », or Reyersviller n’est pas encL'église St. Bernard en ruines en 1945 (d'après un album de photographies de M. Pierron, " Arrondissement de Sarreguemines. Secteur de reconstruction ").ore une paroisse. Le 25 février 1854, une nouvelle lettre partant de l’Evêché, conjointement avec la préfecture, est suivie du même refus, entraînant dans un cercle vicieux qui tournera en rond six ans durant.

A présent, le maire Brunagel prend l’affaire en main en s’adressant le 6 décembre 1860 à l’abbé Thomas, qui confirme sa première promesse généreuse de 20 000 frs, tandis que la commune est prête à vendre deux coupes de bois, rapportant 24 000 frs, et que l’abbé Cordier organise des quêtes s’élevant à 3 500 frs. On y arrive sans le gouvernement ! Un terrain est alors acheté et l’entreprise Delay de Bitche ouvre le chantier en 1862, pour le terminer en juinLe maître-autel de l'église néogothique, replacé dans l'église-baraque entre 1945 et 1959. 1864. Deux nouvelles cloches sont bénies le 5 octobre et le chanoine Bernard Thomas procède à la bénédiction de l’église le 9 octobre 1864, sous le vocable de St. Bernard, son patron, selon le vœu exprimé par la population reconnaissante. Mgr Paul-Georges-Marie Dupont-des-Loges ne consacrera l’édifice que le 13 juin 1866, dans la liesse générale de la vallée.

La seconde guerre mondiale ne passe pas inaperçue à Reyersviller, qui connaît l’évacuation en Charente puis un nouvel exode au plus fort de la bataille pour la Libération. Toutes les maisons sont alors endommagées et l’église en ruine, ayant subie les bombardements de décembre 1945 à mars 1945, à la grande douleur de l’abbé Bach. Il fait monter uneLe joyau du mobilier est la statue de la Vierge de l'Assomption, oeuvre alsacienne du XVIIIe siècle. baraque provisoire en espérant la reconstruction, qui ne sera plus envisagée après son départ en 1953. En effet, un édifice d’un tout nouveau style prend la place de la vénérable église néogothique du siècle précédent, construit soixante-dix mètres plus au nord. Elle est seulement reconstruite de 1956 à 1959 sur les plans de l'architecte bitchois Roger Sarraih.

La pose de la première pierre a lieu en 1956, comme le confirme la pierre datée sur la façade sud. Mgr Paul-Joseph Schmitt vient la consacrer le 21 juin 1959, à la grande joie de tous et particulièrement du jeune curé Joseph Nullans, qui a porté le projet dans son cœur.


 

Les nouveaux fonts baptismaux.ÉdificeLa pierre de fondation, portant la date de construction de la nouvelle église, 1956.

La première église St. Bernard est un édifice à plan en croix latine à trois vaisseaux, construit en grès, pierre de taille et moellon enduit. De type église-halle, elle possède un transept et un chevet polygonal. La tour-clocher est dans-oeuvre en façade et le toit est à longs pans, avec croupe et flèche polygonale. L'édifice actuel possède quant à lui un vaisseau unique avec plan allongé, construit en calcaire, béton, pierre de taille et moellon enduit. Le toit, qui est recouvert de tuiles mécaniques, est à longs pans et à bâtière. Le tabernacle.


Mobilier

Les statues des quatre évangélistes, en chêne taillé et verni, datent du XIXe siècle. D'origine inconnue, elles ne proviennent en aucune façon de la chaire à prêcher de l'ancienne église, qui était pour sa part en pierre. La croix d'applique date du XVIIIe siècle. En bois taillé et laqué, elle représente le Christ en croix. Les vitraux, les tapisseries et les mosaïques sont signés Léon et Irène Zack. Le joyau du mobilier est sans conteste la statue de l'Assomption de la Très Sainte Vierge, œuvre alsacienne datant du XVIIIe siècle. En tilleul doré polychrome, elle est offerte à la paroisse par une famille alsacienne en 1959, lors de la consécration de la nouvelle église. Le nouvel autel est réalisé en béton.

Un nouvel orgue, œuvre d'Alfred Kern, est installé finalement en 1961 dans la nouvelle église achevée. L'instrument possède deux claviers de cinquante-six notes et un pédalier de trente notes, ainsi que des transmissions mécaniques.


Orfèvrerie

L'église possède un ostensoir en argent et en laiton, avec des décors en or. Daté du milieu du XIXe siècle, il est exécuté avant 1865 par l'orfèvre parisien Trioullier et offert par la suite à l'église de Reyersviller par Sa Majesté l'empereur Napoléon III. Il représente la figure biblique de l'Agneau mystique, ainsi que des épis de blé et L'orgue, installé en 1961 par Alfred Kern.de pampre. On y voit également les armoiries impériales ainsi que la marque d'atelier et le poinçon. Un calice en argent et en or est conservé à l'église. Le pied et la tige datent du quatrième quart du XVIIIe siècle, tandis que la coupe est fabriquée au XIXe siècle. On y découvre de l'ornementation végétale ainsi que le poinçon du maître horizontal.

Monsieur l'abbé Thomas, fondateur de l'édifice, offre à la paroisse un calice et une patène, exécutés après 1838, en souvenir de sa consécration solennelle, le 13 juin 1866. En argent avec décors d'or, ils représentent la croix, un angelot, le triangle de la Sainte-Trinité, les Tables de la Loi et les Vertus, ainsi que de l'ornemanLes vitraux sont réalisés par Irène et Léon Zack.tation végétale. On y distingue le poinçon de titre de l'argent, le poinçon de titre de l'or, celui du maître, ainsi qu'une inscription concernant le commanditaire.


Cimetière

Plusieurs tombeaux du cimetière sont patriculièrement intéressants. Il s'agit de ceux de la famille Brunagel-Koelsch, datant de la fin du XIXe siècle et représentant le Sacré-Cœur, en grès rose taillé et peint polychrome, le tombeau de la famille Lehrer, datant de la même époque et figurant Sainte Catherine dans un décor néogothique, ainsi que celui du curé M. Brunagel. Ce dernier est élevé en 1878 par J. Bichler, sculpteur installé à Hottviller. En grèsLa tombe du curé Brunagel, élevé en 1878 et représentant les attributs sacerdotaux., il représente leLa tombe de la famille Brunagel.s attributs sacerdotaux que sont le calice, le ciboire et l'étole.



Abbé Nullans 

L’abbé Joseph Nullans, curé pendant près de cinquante ans, a été enfermé à la prison Charles III à Nancy avant de retrouver la liberté. Le 1er octobre 1944, la Gestapo l’arrêta ainsi que tout un groupe d’autres personnes. Un camion les conduisit au camp de Schirmeck (à une époque donc où Paris était déjà libérée). Le 20 novembre, c’est-à-dire la veille de la grande offensive du général Leclerc sur StrasbourgLa tombe de l'abbé Nullans, dans le cimetière du village., les prisonniers reçurent l’ordre de se préparer à partir. La halte à Strasbourg éveilla de grandes illusions, ils croyaient en leur libération imminente. En fait, ils furent transportés à Rastatt, où ils restèrent enfermés dans un camp du 21 novembre au 2 décembre 1944. Puis ils furent transférés dans un camp à Haslach où ils se retrouvèrent avec environ 600 prisonniers venus du Struthof et de Dachau, entre le 2 décembre 1944 et le début du mois de janvier 1945.

L’auteur du témoignage souffrit d’un phlegmon qui lui permit d’être envoyé dans un lazaret en Forêt-Noire. Quand enfin il put monter dans le train du retour, il dut négocier pour pouvoir descendre en gare de Lunéville et non aller à Paris, le 29 avril 1945. L’auteur signale aussi que dès 1947, on a fait disparaître les témoignages et on a détruit les locaux des atrocités. L'abbé Nullans publia ses souvenirs dans « L’enfer de Haslach », revue Confluence, Sarreguemines, n° 5, Spécial Libération.


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