Patrimoine religieux dans le Pays de Bitche 

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Le Bitscherland possède un patrimoine religieux très riche. Il recèle de charmantes petites chapelles et d'églises remarquables, d'humbles oratLa chapelle Sainte-Vérène à Enchenberg, dont le chœur date du XVe siècle.oires nichés à la lisière des forêts. Son territoire est parsemé de très nombreux calvaires et croix de chemin, rappelant au promeneur la foi de ceux qui l'ont précédé dans ce pays.


Architecture

Construction des églises

Dans le domaine de l'architecture religieuse, les témoignages actuels antérieurs au XVIIIe siècle sont très rares. Les plus anciens vestiges sont les tours-clochers romanes d'Obergailbach et de Schorbach, celle-ci constituant le vestige d'un édificeL'église d'Ormersviller et son bulbe, avant la Seconde Guerre mondiale. consacré en 1143. Il faut attendre ensuite le XVe siècle, illustré par les ruines de la chapelle d'Olferding à Gros-Réderching et par le chœur de la chapelle Sainte-Vérène à Enchenberg, pour constater l'existence d'une architecture à l'époque gothique, que vient confirmer la construction de la chapelle de Mouterhouse et de la chapelle de l'Etang à Bitche, élevées l'une en 1504, l'autre en 1515, aux frais du comte Reinhard de Deux-Ponts-Bitche. Il s'agit dans ces derniers cas d'édifices modestes à vaisseau unique et chœur voûté d'ogives à l'origine, qui diffèrent entre eux notamment par la mise en œuvre des matériaux et le plan du chœur.

La guerre des paysans en 1525, l'introduction du protestantisme dans la région en 1564 et la guerre de Trente Ans vont laisser le Pays de Bitche, tout comme l'ensemble de la partie orientale du diocèse de Metz, dans une situation particulièrement catastrophique, dont rend bien compte la visite canonique effectuée en 1686 par le doyen de la La chapelle de l'Etang à Bitche, édifiée en 1515.collégiale de Vic, Robert Lamy. Le retour du duc de Lorraine Léopold dans ses Etats et le rétablissement de la Lorraine qui s'ensuit laissent aussi leur marque dans le pays. Peu à peu, les églises sont reconstruites, comme Siersthal en 1701 puis à nouveau vers 1730, le premier édifice étant insuffisant ; Achen en 1728, Rimling en 1731, Epping en 1736, Loutzviller vers 1737, ce mouvement se poursuivant jusqu'au milieu du XVIIIe siècle à Gros-Réderching en 1751 ou à Walschbronn en 1754.

A partir des années 1760, on assiste à une accélération de la construction, qu'explique la volonté des paroissiens d'avoir une chapelle ou une église dans le village, les églises-mères étant souvent éloignées de plusieurs kilomètres. Les requêtes à Le village de Schorbach et l'église St. Rémi sous le givre.l'évêque de Metz se multiplient, arguant de la difficulté des chemins rendus impraticables en hiver par la neige et les glaces ou de la traversée des rivières grossies des eaux abondantes, mais aussi des obstacles que constitue le relief souvent accidenté. Il en résulte pour les personnes âgées, les les femmes enceintes et les infirmes une impossibilité d'assister à la messe pendant l'hiver, tandis que les enfants sont empêchés de « suivre les maximes religieux et d'assister aux offices ». Bien plus, les parents les croient à l'église, alors qu' « ils se cachent dans les auberges, y passent la journée, rentrent ivres et commettent des actions en retournant à la maison, qui déshonorent les familles et y jettent le trouble ». Les évêques accédant souvent à ces demandes, un grand nombre d'édifL'église Sainte-Catherine de Bitche, reconstruite en 1773, avec une tour-clocher datant de 1897.ices religieux surgissent à cette époque, construits aux frais des paroissiens et, plus rarement, des seigneurs locaux : Hottviller (1765), Bettviller (1770), Rohrbach (1772), Obergailbach et Schorbach (1774), Schweyen et Urbach (1776), Guiderkirch (1777), Breidenbach (1779), Bousseviller (1781), Weiskirch et Walschbronn (1785), Hanviller (1786) ou encore Roppeviller (1791), soit une église sur quatre.

La réorganisation des circonscriptions ecclésiastiques au début du XIXe siècle et la création de nouvelles paroisses entraînent une seconde vague de constructions, de même ampleur, pendant la première moitié de ce siècle : Etting (1805), Meisenthal (1811), Volmunster (1816), Lengelsheim (1818), Liederschiedt (L'église de Bettviller, construite en 1770 et possédant un décor stuqué de la fin du XIXe siècle.1821), Lemberg (1822), Enchenberg (1823), Petit-Réderching (1829), Bining (1832), Ormersviller (1835), Goetzenbruck et Althorn (1841), Kalhausen (1846), Rolbing et Volmunster (1854). L'accroissement de la population au milieu du XIXe siècle va nécessiter à son tour l'agrandissement ou la reconstruction totale d'un certain nombre d'édifices : Eguelshardt (1854), Goetzenbruck (1858), Enchenberg (1861), Reyersviller (1863), Schmittviller (1866), Haspelschiedt et Mouterhouse (1869), Montbronn (1896), tandis qu'à St. Louis, la famille du Coëtlosquet, qui dirige la cristallerie, finance la nouvelle église à partir de 1897. La guerre de 1939-1945 endommagera ou même détruira plusieurs églises, qui seront restaurées ou reconL'église de l'Assomption de la Très Sainte Vierge de Soucht, qui renferme un ensemble stuqué datant de la fin du XVIIIe siècle.struites dans les années 1955-1960 par la Coopérative de reconstruction des églises de Moselle : Epping (1955), Reyersviller (1956), Volmunster (1957) et Hanviller (1960).


Types d'édifices

Les édifices construits depuis la fin du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle se divisent en deux types. L'un, peu représenté de nos jours, apparaît à la fin du XVIIe siècle avec l'église Sainte-Catherine de Bitche, élevée à partir de 1683, et se prolonge jusque dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, avec les églises de Bousseviller en 1781, et de Hanviller après 1787. Il s'agit d'édifices de dimensions assez modestes, formés d'une nef à vaisseau unique plafonné, couverte d'un toit à forte pente et prolongée par un chœur polygonal. La façade occidentale est surmontée d'un campanile en charpente essenté, généralemenL'église de la Sainte-Trinité de Loutzviller, à laquelle Jean Martersteck livre un maître-autel vers 1740.t de plan carré dans la partie inférieure puis passant au plan octogonal et couvert d'un toit de même plan en ardoise. A ce type d'élévation se rattache la façade de la chapelle de l'Etang à Bitche, tandis que la chapelle du couvent des Augustins, à Bitche encore, comportait un campanile semblable.

L'autre type d'édifices, très largement répandu, est identique dans son plan mais il diffère essentiellement par ses dimensions, beaucoup plus imposantes,  son volume et la présence d'une tour-clocher hors-œuvre en façade, parfois ajoutée une vingtaine d'années seulement après, aux frais de la communauté paroissiale, comme à Siersthal, Bining ou encore Etting. Ces églises sont construites en moellons de grès ou de calcaire, le grès taillé étanRelevés des églises de Bousseviller et de Rohrbach illustrant les deux principaux types de construction rencontrés dans le Bitscherland entre la fin du XVIIe et le milieu du XIXe siècle.t réservé aux solins, aux encadrements des baies, aux chaînes d'angle et parfois aux tours-clochers. Les toitures à forte pente de la nef et du chœur sont le plus souvent couvertes de tuiles plates en écaille (Biberschwänze), tandis que les flèches polygonales des tours sont en ardoise. Cette architecture, particulièrement austère, s'inspire des modèles en vigueur dans les les places-fortes et le décor, quand il existe, est limité aux portails. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour que des curés, désireux d'enrichir les volumes intérieurs et de les mettre au goût du jour, fassent appel à des stucateurs, en particulier à Jean-Pierre Weisdorf, de St. Avold, et à Bauer, de Bouzonville, pour ajouter un décor de fausses voûtes dans les chœurs, de caissons aux plafonds des nefs, de pilastres et de chapiteaux, comme à Bettviller, Siersthal ou Rohrbach-lès-Bitche. Situé dans un cadre chronologique d'une centaine d'années, ce type d'édifices évoluera très peu, les formes et les volumes restant les mêmes entre 1730 et 1840.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les églises s'inspirent, le plus souvent, de l'architecture gothique des XIIIe et XIVe siècles, si l'on excepte la majestueuse église de St. Louis-lès-Bitche, qui a quant à elle puisé sLa Pauluskapelle de Soucht, abritant les statuettes en terre cuite des quatorze Saints Auxiliaires.es sources dans l'art roman rhénan, et celle de Montbronn, gothique dans sa structure mais romane dans ses élévations, ainsi que son décor. Qu'il s'agisse de Goetzenbruck, de Haspelschiedt ou d'Enchenberg, par exemple, ces édifices sont de type basilical avec transept peu saillant, chœur polygonal et tour-clocher en façade.


Architectes

Pour le Pays de Bitche, comme très souvent ailleurs, on ne connaît pas le nom des architectes qui ont été chargés des reconstructions au XVIIIe L'église de Goetzenbruck, reconstruite en 1858.siècle, mais on sait que les paroisses et les curés ont fait appel à plusieurs reprises aux ingénieurs militaires des fortifications de Bitche. Sollicité vers 1770 en vue d'un projet pour l'église de Rohrbach, l'ingénieur Martin est remplacé peu de temps après par Jean-Baptiste Henrion, « entrepreneur des bâtiments et usines du Roi », qui donne les plans de l'église bâtie en 1772. Dans les années qui suivent, c'est lui encore qui fournit les projets pour les églises de Bitche (après 1773) et de Schorbach (1774), d'autres édifices, actuellement non documentés, étant sans doute à mettre aussi à son compte. On comprend mieux, dès lors, les affinités architecturales de ces vastes églises austères avec l'architecture religieuse des places-fortes. 

A partir des années 1840, les travaux sont confiés à des architectes installés à Sarreguemines. Auguste Robin (1802-1859) agrandit l'église de Schweyen, Louis Schwartz (1808-) celle de Kalhausen, et Charles Desgranges (1823-1899) celles de Goetzenbruck et de Haspelschiedt. Un peu plus tard, à partir des années 1850-1860, ce sont des architectes de Metz qui prennent le relais. Charles Gautiez (1809-1856) intervient en 1854 à Eguelshardt. Il est remplacé, après son décès prématuré, par Claude Jacquemin (1818-L'eglise de l'Exaltation de la Sainte-Croix d'Eguelshardt, construite de 1854 à 1858 en pierre de taille de grès rose, dans un style basilical néogothique avec transept et chœur polygonal.1890), qui lui avait été associé sur plusieurs chantiers dans le pays messin ; celui-ci agrandit l'ancienne église de St. Louis en 1859, et fournit en 1861 les plans de l'église d'Enchenberg. Jules racine construit en 1863 l'église de Reyersviller et Rémy Jacquemin (1844-1906), le fils de Claude, celle de Montbronn en 1896.

Pendant l'annexion de l'Alsace-Lorraine au lendemain de la guerre de 1870, ce sont bien sûr des architectes allemands qui interviennent : Paul Tornow restaure la tour romane d'Obergailbach en 1902, Anton Motz, établi à Sarreguemines, est associé à Klein, de Metz, pour l'église de Lambach en 1904, tandis que Ludwig Becker, de Mayence, agrandit l'église d'Enchenberg en 1908. Enfin, deux architectes alsL'église St. Rémi de Rohrbach, possédant trois autels en bois datant de 1772 et œuvre de Dominique Labroise, de Sarrebourg.aciens ont été sollicités : Ewald Steller, de Haguenau, pour la construction de la tour-clocher de Bitche en 1897 et Charles Winkler, de Colmar, auteur la même année d'un projet grandiose pour l'église de St. Louis, qui sera achevée en 1902 seulement.

Quant à la Coopérative de reconstruction des églises de la Moselle, elle fera appel, au lendemain du second conflit mondial, à l'architecte Roger Sarrailh, de Bitche, pour la reconstruction totale des églises d'Epping (1955), Reyersviller (1956) et Volmunster (1957).


Ossuaires

Accolés aux églises ou bien à proximité immédiate, dans l'un des angles du cimetière, des ossuaires ont été construits par les communautés paroissiales dès le XVe siècle, et cL'ossuaire de Schorbach, édifié au XIIe siècle, a reçu des ossements de 1136 à la révolution de 1789.e jusqu'au XVIIIe siècle, afin de reccueillir les ossements des morts quand ils étaient relevés. Sur la vingtaine dont parlent les visites canoniques qui se succèdent au XVIIIe siècle, invitant les paroisses à les reconstruire ou à rétablir les toitures, il n'en subsiste que quatre aujourd'hui, les dernières décennies du XIXe siècle ayant vu leur destruction : il s'agit de ceux de Rimling et de Siersthal, situés en sous-sol, sous la sacristie, celui de Rahling, situé dans l'angle formé par la tour-clocher et la nef, et le célèbre ossuaire de Schorbach, isolé dans le cimetière, en face de la tour.

Leur façade, ouverte, permettait aux vivants d'avoir sans cesse sous les yeux l'empilement des ossements, les invitant à prier pour les trépassés. L'intérieur de l'ossuaire de Schorbach.Aujourd'hui, et cela depuis quelques années seulement, de nouveaux bâtiments s'élèvent à proximité des églises, dans les cimetières souvent désaffectés : ce sont les morgues destinées à accueillir les corps des défunts avant leur inhumation, et dont l'une des finalités semble bien être d'occulter la mort aux vivants, en plus d'un souci hygiéniste.


Mobilier liturgique

En dépit des destructions consécutives aux guerres, aux reconstructions des églises ou à la réforme liturgique liée au concile de Vatican II, le mobilier La façade de l'église St. Didier de Gros-Réderching, reconstruite en 1751.religieux des XVIIIe et XIXe siècles est encore relativement bien conservé et, de nos jours, il est de plus en plus souvent l'objet de soins attentifs des conseils de fabrique. Pour le XVIIe siècle, seules des mentions abondantes dans la comptabilité ducale antérieure à la guerre de Trente Ans témoignent d'acquisitions nombreuses de tableaux, statues ou reliefs à placer dans les retables des autels, d'achats de confessionnaux, de chaires à prêcher, de retables ou de constructions de jubés, les paroisses s'adressant à des « tailleurs d'images » de Sarrebrück, de Haguenau et de Bitche, ou à des peintres de Wissembourg. Au début du XVIIIe siècle, en 1708, la fabrique de Bitche commande deux autels latéraux à un sculpteur tyrolien, André Berthel, récemment installé à Haspelschiedt. 

Et puis, il faut attendre les années 1730 et les premières reconstructions d'églises pour être à nouveau bien renseigné sur la fabrication du mobilier religieux, installéL'ancienne église d'Epping, construite en 1736 puis détruite durant la seconde guerre mondiale et remplacée en 1955. souvent peu de temps après, et sur les sculpteurs qui l'ont réalisé. Des autels, des tabernacles et des retables en bois polychrome et doré ont été attribués au sculpteur Jean Martersteck (1691-1746), originaire de Bouquenom (aujourd'hui Sarre-Union, dans le Bas-Rhin), venu s'installer en 1735 à Wœlfling-lès-Sarreguemines, aux portes du Pays de Bitche. On lui doit sans doute le retable d'Epping actuellement dans la chapelle d'Urbach, le maître-autel et la chaire à prêcher des églises de Rimling et de Loutzviller, les retables des trois autels de Rahling, signés et datés 1745, ainsi que le maître-autel et l'autel latéral gauche de l'église paroissiale de Gros-Réderching ; quant à l'autel-retable de Le maître-autel baroque, richement décoré, de l'église St. Marc de Siersthal est élevé en 1741.la chapelle d'Olferding fourni en 1755, il a disparu depuis bien des années.

L'œuvre de Martersteck, fortement architecturée, est caractérisée par l'utilisation, dans les retables, de colonnes parfois jumelées ou placées en biais, encadrant des niches ou des tableaux. L'entablement, sur lequel reposent des pots à feu ou à fleurs, est surmonté de frontons plus ou moins développés, aux rampants chantournés ou encadrés d'ailerons. Le décor, doré à la feuille sur fond peint en blanc à l'origine, est répandu sur les devants d'autels, quand ils ont été conservés, sur les gradins, les ailerons et le fronton des retables, sur les piédestaux des colonnes. Le maître-autel de l'église St. Didier de Gros-Réderching, exécuté entre 1754 et 1758 par le sculpteur Jean Martersteck, installé à Wœlfling.D'inspiration végétale et florale, il est souvent mêlé à des rinceaux, des enroulements ou à des fleurons.

Au milieu du XVIIIe siècle, Théodore Saladin, sculpteur à Freyming, fournit en 1757 l'autel de la chapelle de Bining et, quelques années plus tard, Joseph Lintz, de Bouquenom, le tabernacle de celle-ci, tandis que Jean-Claude Mercenier, originaire d'Arlon, dans l'ancien duché de Luxembourg, sculpte le beau devant d'autel représentant la Sainte Cène pour l'église de Loutzviller. Dans les années 1770-1780, les paroisses voisines de Rohrbach et de Gros-Réderching font appel à un sculpteur de Sarrebourg, Dominique Labroise (1728-1808), pour l'ameublement de leurs églises. Il fourIntérieur de la chapelle St. Sébastien de Bitche, construite au XVe siècle et lieu de pélerinage à St. Sébastien.nit les trois autels de Rohrbach commandés en 1772 et l'autel avec la statue de Sainte Agathe pour celle de Gros-Réderching en 1776, réalisé sur le modèle de l'autel de la Sainte Vierge.

A côté de ces sculpteurs sur bois, des stucateurs sont mentionnés à plusieurs reprises dans les comptes de fabriques au cours de la décennie 1770-1780 : André Moosbrugger, venu du Vorarlberg et installé à Altroff, fournit en 1771 les trois autels-retables d'Achen ; les sculpteurs Jean-Philippe Mihm et Winibald Wagner, qui avaient travaillé à la Cour de Sarrebrück sous la direction de l'architecte Frédéric-Joachim Stengel, réalisent à la même époque les autels et la chaire à prêcher de Bettviller et à parL'intérieur de l'église de l'Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge de Lambach, construite en 1904-1905.tir de 1755 l'ensemble des trois autels et la chaire de l'église Sainte-Catherine à Bitche, pour lesquels le stucateur Verschneider avait été sollicité. A Sturzelbronn (1775) et à Soucht aussi, les maîtres-autels ont été commandés à des sculpteurs en « marbre artificiel ». De toutes ces oeuvres, bien peu subsistent aujourd'hui, sans doute victimes, bien plus que le mobilier en bois, des destructions de la guerre et surtout des réformes liturgiques, mais elles sont heureusement connues par des photographies. Il s'agissait d'autels formés d'un tombeau fortement galbé et de retables à colonnes, au plan incurvé, avec un fronton très développé encadré de consoles au profil chantourné, le décor occupant les fonds du retable et du fronton. Quant aux chaires, elles avaient une cuL'intérieur de l'église Sainte-Catherine de Bitche au début du XXe siècle.ve polygonale à la base fortement renflée et aux arrêtes soulignées par des chutes végétales terminées par des volutes, l'ensemble étant peint en faux-marbre.  

Dans la première moitié du XIXe siècle, les autels perpétuent la tradition du XVIIIe siècle, comme le maître-autel de Bining commandé en 1819 au sculpteur Henri Güldner, de Bérus (Sarre), et les autels latéraux acquis en 1842 par la fabrique, tous fortement embellis à la fin du siècle et au début de l'autre. Sur des tombeaux toujours galbés le décor rapporté s'étale en légers enroulements végétaux, deL'intérieur de l'église Sainte-Elisabeth de Sturzelbronn, possédant un maître-autel en stuc, datant de 1775.s chutes d'instruments liturgiues ornent les ailes du tabernacle, tandis que les ailerons, plus grêles, sont couverts d'un fond mosaïque. 

Si la réalisation des autels, des retables et parfois des chaires à prêcher incombait aux sculpteurs, de nombreux maîtres-menuisiers, originaires de la région, d'Alsace, de la Sarre et du Palatinat mais aussi de la Suisse, du Tyrol et du Vorarlberg, installés dans le Pays de Bitche à la suite de vagues successives d'émigration, ont travaillé parallèlement à l'embellissement des églises : ainsi, Laurent Ichterz père et fils, Jean Fischer et Antoine Rudiger établis à Bitche, Conrad Weber, de Rohrbach, et ses beaux-fils, les frères Schee, qui collaborent avec Jean Hoffmann, de Gros-Réderching, tous fournissant dans les années 1750-1780La chaire à prêcher de l'église St. Rémi de Schorbach. des confessionnaux, des chaires à prêcher, des cadres d'autel et des emmarchements, des consoles, des lambris ou encore des bancs à un certain nombre de paroisses du Pays de Bitche.

Les meubles et les armoires de sacristie, nombreuses, ainsi que d'autres « ouvrages de leur profession » étaient réalisés par de simples menuisiers, venus des même régions, dont les comptes ont conservé les noms pour la même période : Mathis Seiller, de Breidenbach, Jean Kimmel et Jean Henrich, tous deux de Schorbach, Michel Félix, de Rohrbach, Frédéric Kurtzknab, de Bitche, Pierre Lerbseher, de Bliesbruck, ainsi que Jean-Henri Maurer, de Hornbach ou Valentin Stock, de Bliesmengen. Dans la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle, le mobilier religieux s'inspire, comme partout en France, des styles roman, gothique et Renaissance, les fabriques s'adressant souvent à des ateliers de sculpture alsaciens et parfois mosellans, quand les architectes chargés des reconstructions ne fournissent pas eux-mêmes les dessins du mobilier, dans le cadre d'un programme d'ensemble, comme par exemple L'orgue Dalstein-Haerpfer de l'église luthérienne de Philippsbourg est installé en 1912 et restauré en 1961.Rémy Jacquemin à Enchenberg, à la fin du XIXe siècle. 


Orgues

La plupart des églises possédaient des orgues, dont beaucoup ont été restaurés au XIXe siècle ou renouvelées au XXe siècle. Il faut cependant regreter la disparition, à la suite de la seconde guerre mondiale, des orgues de Gros-Réderching, commandées en 1739 au facteur Lepicard, de Metz pour l'église du couvent des Guillelmites de Gräfinthal, dans le Palatinat, et rachetées par la paroisse en 1788. A Bitche, c'est le facteur Jean-Ignace SeuffeVitrail de l'église de la Visitation de la Très Sainte Vierge de Goetzenbruck, représentant la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.rt, de Kirweiler, également dans le Palatinat, qui avait fourni en 1777 les orgues de l'église Sainte-Catherine, fortement endommagées en 1780 et remplacées en 1921. L'un des seuls buffets anciens aujourd'hui conservés est celui de Rahling, qui paraît dater du début du XIXe siècle, mais les tuyaux ont été remplacés en 1928 par le facteur Haerpfer, de Bouzonville.


Vitraux

Quant aux vitraux, ils ne remontent pas au-delà des dernières années du XIXe siècle, la plupart de ceux qui sont encore conservé ayant été fournis à cette époque par des ateliers allemands ou alsaciens, si l'on excepte ceux de Victor Hœner, de Nancy, mis en place à Etting et à Lengelsheim. Les paroisses d'Enchenberg et de Montbronn ont traité avec la firme Mayer, de Munich, celle de Rahling s'est adressée à W.-H. Jansen, de Trèves, et Montbronn à Bohl à Strasbourg. La maison Ott, fondée en 1852 à Strasbourg, est omniprésente depuis 1887 (Soucht) et elle continue à s'imposer de nos jours encore, même si, à l'époque de la restauration et de la reconstrLa pieta, située dans le chœur de la chapelle de l'Etang de Bitche, en bois de tilleul doré et argenté. Se rattachant à la production alsacienne, elle date du XVIIe siècle.uction des églises au lendemain de la dernière guerre, on a fait appel à des ateliers de Nancy (Gross, Bassinot et Benoît), de Metz (Heyden, l'atelier St. Marc), de Paris (les Artisans du Sanctuaire) ou, plus récemment, au maître-verrier Schouller, de St. Avold, tandis que Léon et Irène Zach fournissaient en 1956 les cartons des vitraux de Reyersviller.


Statuaire

Comme l'ensemble du patrimoine, mobilier et immobilier, la statuaire du Pays de Bitche est très récente, puisqu'il n'existe d'œuvre antérieure au XVIIIe siècle, hormis la Vierge de Pitié de Rimling, datée du milieu du XVe siècle, et celles de Rahling et de la chapelle de l'Etang à Bitche, du XVIIe siècle. Elle est peu abondante, avec moins d'une centaine d'œuvres, dont la quasi-totalité est en bois de chêne, parfois de tilleul, avec généralement une polychromie eLa statue de St. Jean Népomucène sur le pont enjambant la Schwalb, à Holbach.t une dorure modernes. De facture souvent populaire, avec des formes pleines, des visages arrondis, une attitude un peu raide et une absence de recherche dans le traitement des vêtements, une bonne partie de ces statues apparaît comme la production d'artistes locaux.

D'autres, plus élégantes dans leurs attitudes et plus expressives dans leur physionomie, témoignent de l'influence de l'art baroque dans la région. Parmi celles-ci, un groupe homogène d'une dizaine de Vierges de l'Immaculée Conception, sculptées dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, s'imposent par leur qualité et dominent l'ensemble de la statuaire régionale. Dressées sur un globe et terrassant le serpent, le visage à l'ovale parfait tourné vers le ciel, elles sont légèrement hanchées et portent une robe aux plis abondants, tandis que l'ample voile-manteau, posé sur les épaules et retenu à lJoyau du mobilier de l'église St. Bernard de Reyersviller, la statue de la Vierge de l'Assomption, œuvre alsacienne, date du XVIIIe siècle.'avant par une ceinture, est animé par un foisonnement de plis. Elles sont posées sur un socle tripode très caractéristique, à la base renflée, orné de lourdes guirlandes de laurier.

Si l'on excepte les Christs en croix et les saints titulaires des églises paroissiales, les plus vénérés sont ceux-là même qu'on retrouve sur les croix de chemin : des saints protecteurs pour les hommes mais surtout pour les animaux (St. Sébastien et St. Quirin, St. Hubert, St. Wendelin et Sainte Vérène), des saints plus particulièrement honorés dans le Bitscherland (St. François d'Assise et St. Antoine de Padoue) et des saints dont le culte s'est propagé à la suite de la Contre-Réforme (St. Joseph, St. Jean Népomucène et St. François-Xavier). Mais c'est la Sainte Vierge qui tient la place prépondérante avec une trentaine de figures : Vierge à l'Enfant, Vierge de Pitié, Vierge de l'Assomption et surtout Immaculée Conception, un thème très fréquent dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui se prolongera jusque vers les années 1830Le clocher de l'église St. Bernard de Reyersviller, reconstruite à partir de 1956.-1840. Parmi les dévotions nouvelles du XIXe siècle, le Sacré-Cœur du Christ et de la Sainte Vierge, les Apparitions de Lourdes et de la Salette, ainsi que St. Louis de Gonzague s'imposent dans la sculpture de série, alors que St. Wendelin continue à être vénéré dans la plupart des églises.


Orfèvrerie

Particulièrement abondante et bien conservée, comme très souvent en Moselle, l'orfèvrerie religieuse a une histoire comparable à celle de la statuaire : elle est quasi absente avant le XVIIIe siècle, la seule pièce conservée de cette époque étant un calice du XVIe siècle à Walschbronn. Une situation qui s'explique en partie aussi par la guerre de Trente ans et dont la visite canonique de 1686 rend particulièrement bien compte. Elle insiste sur la pauvreté des églises et sur la conservation du St. Sacrement dans des ciboires en métal vil ; bien plus, Rahling et Rohrbach ont seulement une boîte de L'église St. Benoît de Walschbronn, reconstruite en 1785, possède un calice du XVIe siècle.carton et Bettviller une simple boîte en bois.

Le rétablissement général, dès la fin du XVIIe siècle mais au XVIIIe siècle surtout, explique que les pièces de cette époque soient, en revanche, relativement nombreuses (calices, ciboires, ostensoirs, encensoirs, navettes, plateaux à burettes), les paroisses se fournissant soit chez les orfèvres du Pays de Bitche et de Sarreguemines, soit à Strasbourg ou très exceptionnellement à Paris. On s'adresse sur place à Charles-Nicolas Lepoire, reçu maître-orfèvre à Bitche en 1779 et à Joseph Lepoir reçu à Bouquenom en 1772, la même année que Joseph Lintzen à Forbach. Jean-Louis Imlin le jeune, reçu à Strasbourg en 1720, fournit un calice à Lambach, Kœnig, reçu dans la même ville au milieu du XVIIIe siècle, un calice à Obergailbach en 1779, mais le maître-orfèvre strasbourgeois auquel passentLe clocher de l'église Sainte-Catherine de Bitche, construite en 1897 sur des plans d'Ewald Steller, de Haguenau. commande les riches paroisses de Bettviller, Bitche, Schorbach et surtout Rahling est Jean-Georges Pick, reçu en 1739. Son œuvre, très élégante, suit l'évolution générale des formes mais il recourt très souvent à un décor floral ciselé sur le pied et la fausse-coupe. Enfin, l'église Sainte-Catherine de Bitche conserve un plateau à burettes de Guillaume Loir, en activité à Paris de 1716 à 1769.

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, ce sont deux orfèvres installés à Deux-Ponts, dans le Palatinat, qui exercent une sorte de monopole sur le marché : Johann-Fielius Weihinger (1739-1814) et, à un moindre degré, Johann-Peter-Friedrich Musculus (né en 1758). Leurs pièces, qu'il est parfois difficile de différencier, allient le laiton doré à l'argent. Les calices et les ciboires comportent un nœud en ballustre ou en poire, au profil anguleux, et le décor est fait d'oves, de torsades, de guirlandes, d'acanthes, de feuilles d'eau, Musculus utilisant en plus des godrons, des perles et des plumes ciselées en faible relief sur les pieds, les nœuds et les fausses-coupes. Plus spécialisé dans les ostensoirs et lesL'église St. Pierre d'Enchenberg, reconstruite en 1858 dans un style néogothique, est une imitation du XIIIe siècle de type basilical. Possédant trois nefs et quatre travées, l'édifice se révèle d’une grande élégance et d’une belle harmonie. reliquaires, Weihinger donne aux pieds des formes variées, ovales simples ou chantournées mais aussi rectangulaires, la tige et la gloire présentant d'une œuvre à l'autre une morphologie semblable. La gloire, en partie en argent, est formée d'une nuée rayonnante timbrée de têtes d'angelots, Dieu le Père en buste figurant sous la croix placée en amortissement : un décor souvent très riche qui contraste avec la tige et le pied.

Succédant à ces productions, on trouve des œuvres d'Auguste Laroche, orfèvre à Strasbourg dans la période 1819-1838 et sans doute au-delà. Ses calices, ses ciboires et ses reliquaires sont très sobres, avec seulement un décor à la molette ou poinçonné, le profil des pieds, fortement moulurés, étant assez lourd. Tout au long du XIXe siècle, les paroisses s'adressent désormais, comme partout ailleurs en France, aux grands orfèvres parisiens et lyonnais : Théodore Tonnelier, Alexis Renaud, F. Favier, Charles-Eugène Trioullier, Philippe-Adolphe Dejean, Marie Thierry, Thomas-Joseph Armand-Calliat, Antoine Jolivet et Demarquet frèresLa croix Bildstock de Reyersviller date des années 1680. Elle commémore l'assassinat en ce lieu d'Adam Greiner, perpétré en 1680, « sur le grand chemin de Bitche »., qui tous fournissent des pièces repoussées, le plus souvent en argent doré, au luxuriant décor envahissant toutes les surfaces disponibles. A l'époque de l'Annexion, ce sont à nouveau les Allemands qui s'imposent, notamment l'orfèvre Rauscher, de Fulda.


Croix de chemin

Situées au bord des routes, le long des rues, devant les maisons, dans les jardins, au chevet ou devant les églises, dans les cimetières et, parfois même, très loin du village, dans la forêt ou au milieu des champs, les croix de chemin se dressent partout dans le pays, excepté dans les villages gagnés au protestantisme, Baerenthal et Philippsbourg. Les calvaires, quant à eux, moins nombreux mais beaucoup plus imposants, sont davantage liés aux villages, sans doute en raison de leur côté ostentatoire, puisqu'ils associent des statues en ronde bosse à la croix. Mais, tous ensemble,Une croix de chemin en grès rose à Schorbach, avec un large fût droit, datant du milieu du XVIIIe siècle. ils constituent l'un des traits les plus originaux du Bitscherland et s'imposent dans le paysage car, en dépit des destructions liées aux guerres, aux accidents, à leur alteration naturelle et, de plus en plus, au manque d'entretien, ils sont encore plus de cinq cents à témoigner de la foi profonde des populations. Un chiffre qui relève d'une étude systématique portant sur les œuvres élevées entre le le début du XVIIe siècle et les années 1870 mais qui n'a pas pris en compte les croix plus stéréotypées de la fin du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle, pas plus que celles qui ont continué à être dressées jusqu'à nos jours.

Erigées généralement grâce aux libéralités d'une famille pour s'attirer la protection divine, pour détourner une épizootie ou pour remercier d'une grâce reçue, mais aussi à l'occasion d'une mission ou d'un jubilé, elles commémorent parfois un accident : ainsi la croix de Rimling élevée en 1738 au lieu-dit Hirtengarten, à l'endroit où le jeune Jean Hemmert était tombé sur son couteau en gardant les chevaux de la ferme paternelle, ou la croix de Felsenhof à Rahling rappelant le décès survenu en 1834 d'un habitant dePrès de l'écart d'Ohrenthal, à Rolbing, cette croix est à fût et socle galbés. Schmittviller surpris par la neige en se rendant au village voisin de Rahling ; à Lengelsheim, en revanche, c'est François Leichtnam qui érige une croix sur le Bitscherweg en 1835, pour remercier Dieu d'avoir épargné sa fille et son gendre, surpris dans une tempête sur l'Atlantique, alors qu'ils étaient en route vers l'Amérique. Plus fondamentalement pourtant, tous ces monuments sont là pour affirmer la présence catholique, face aux régions voisines gagnées au protestantisme.

Sculptées dans le grès gris ou rose local, souvent peintes et repeintes en blanc ou en couleurs claires, les personnages et les décors étant rehaussés avec des couleurs vives, souvent même criardes, elles sont généralement monolithes au XVIIe siècle puis, par la suite, constituées d'éléments superposés, maintenus par des agrafes en fer entre le fût et le croisillon. Les œuvres du XVIIe siècle aujourd'hui conservées ne sont plus très nombreuses mais elles fournissent des indications précieuses sur la forme des croix à cette époque. La plus ancienne, datée 1629, est située à Bining, sur le chemin de la ferme de Morenhoff. Trapue, elle est formée d'un fût monolithiRelief de St. Jean Népomucène sur la croix de la Pauluskapelle à Soucht, datant de 1826.que de section carrée aux angles abattus, creusé à la face d'une niche et surmonté d'un croisillon peu développé. Il s'agit d'une variante des Bildstock, dont quatre exemplaires sont encore conservés à Hœlling, Lemberg, Rahling et Reyersviller et qui ont en commun un fût couvert en bâtière, élargi dans la partie supérieure, au niveau de la niche.

Au XVIIIe siècle, les croix abondent et les formes se diversifient. Les plus anciennes, dans la tradition des Bildstock, ont un fût droit à niche, abritant autrefois une statuette derrière une grille en fer forgé ; le croisillon en croix latine est orné à la face du Christ crucifié. Elles couvrent une période qui s'étend des premières années du siècle à 1775, et coexistent, à partir de 1730, avec des croix au fût élargi, galbé en plan ou en élévation, ces deux types étant les plus largement répandus et se perpétuant tard dans le XIXe siècle. Au milieu du XVIIIe siècle, un autre type apparaît, caractérisé par un large fût droit. Les socles des formes variées : les plus anciens sont généralement droits ou trapézoïdaux puis, avec le temps, ils se galbent en plan et/ou en élévation, prenant des proportions plus importantes.Une croix, datant du XVIIIe siècle, est adossé à la façade de la chapelle de l'Etang de Bitche. Galbé en plan et en élévation, le socle est surmonté d'un fût-stèle droit plus récent, orné de la figure de St. Nicolas portant sur un livre les trois bourses, dont il dota les jeunes filles. La croix, entourée d'une bordure saillante, est décorée à ses extrémités d'accolades terminées par des enroulements, tandis que la figure du Christ, sculptée en haut-relief, s'impose par son traitement très réaliste.

Les inscriptions, écrites en dialecte francique, évoluent dans leur emplacement et leur teneur, mais aussi, évidemment, dans la forme des lettres. Sur les croix les plus anciennes, celles à fût droit à niche, elles occupent parfois toute la surface du fût, débordant même sur le socle. Les lettres, profondément gravées, sont des capitales très hautes. Avec le temps, l'inscription se réfugie sur la base du fût-stèle ou sur le socle, la taille des lettres et la profondeur de la gravure diminuant ; puis, dans le courant du XIXe siècle, les inscriptions sont écrites en caractères gothiques. Mais toutes ont en commun de donner les noms des donateurs et souvent la date et les raisons de l'érection ; parfois aussi, le nom des saints est gravé sur le support sur lequel ils reposent.

Absente au XVIIe siècle, limitée à un décor floral, à un crâne et des tibias et à la coquille qui orne les niches dans les croix à fût droit du XVIIIe siècle, l'Une croix monumentale est élevée en 1773 à Reyersviller, date portée par le socle, et restaurée en 1875.iconographie va en s'enrichissant, occupant parfois la face du socle et presque toujours le fût, le croisillon portant généralement le Christ en croix, quelquefois associé aux deux autres personnes de la Sainte Trinité : la colombe du St. Esprit et au sommet de la croix, Dieu le Père en buste, bénissant de la main droite et tenant le globe du monde dans la gauche. Sur le fût, et plus rarement sur le socle, sont représentés, souvent de façon malhabile, la Vierge et St. Jean, les vieux saints de la chrétienté (Sts. Pierre et Paul), les saints patrons des donateurs, mais plus souvent les saints intercesseurs ou protecteurs, tels St. Wendelin, St. Hubert figuré dans la scène de la Vision, St. Sébastien, St. Marc et Sainte Vérène ; des saints très vénérés localement y figurent aussi, en particulier St. Antoine de Padoue, dont le culte est sans doute à mettre en rapport avec la présence des Capucins à Bitche jusqu'en 1722 et à Sarreguemines à partir de 1721, leur influence s'expliquant par les missions qu'ils prêchent dans le Pays de Bitche dans le courant du XVIIIe siècle. Les déL'église protestante de Philippsbourg, construite en 1912 par l'architecte allemand Arthur Kickton, dans le style de l'architecture gothique de l'Allemagne du Sud. L'édifice possède un porche en façade et un toit à très forte pente, qui lui donnent un genre très pittoresque.votions de la Contre-Réforme sont fréquentes aussi : St. Joseph, St. Jean Népomucène et la Sainte Famille en marche. La Sainte Vierge, comme dans la statuaire des églises, est très abondamment figurée, qu'il s'agisse de l'Immaculée Conception, de la Vierge des Douleurs et surtout de la Vierge de Pitié. Réparties sur plusieurs registres ou occupant la surface du fût dans sa partie la plus large, les figures des saints sont parfois mêlées à un décor floral ou à des arabesques. 

Même si des caractéristiques communes, d'une croix à une autre, d'un canton à l'autre, permettent déjà de reconnaître l'existence de plusieurs ateliers, la quasi-totalité de ces monuments restent anonymes, sauf dans les dernières décennies du XIXe siècle. Au XVIIIe siècle cependant, Jakob Schaller et Michel Mihm ont signé chacun une croix, l'un à Bettviller, l'autre à Siersthal, tandis que Michel Kuss est l'auteur d'une autre croix à Siersthal, en 1833.La chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde ou de Bon-Secours de Mouterhouse, construite en 1504 par le comte Reinhard de Deux-Ponts-Bitche et but d'un important pélerinage dans le Bitscherland.


Pélerinages

L'abondance des images de saints figurés sur les croix de chemin et les calvaires, objet de la piété locale, ne doit cependant pas faire oublier que certains d'entre eux étaient plus particulièrement vénérés dans des chapelles de pélerinage, où l'on venait parfois de fort loin. Ainsi St. Sébastien à Bitche, Sainte Vérène à Enchenberg, Sainte Anne à Guiderkirch, Sainte Marguerite à Olferding et St. Hubert à Altkirch, sur le ban de Rahling, le granPhotographie de l'abbé Pefferkorn, conservée aux archives départementales de la Moselle, présentant les vestiges de la chapelle d'Olferding au début du XXe siècle. L'édifice, construit au XVe siècle, est le but d'un pélerinage à Sainte Marguerite.d pélerinage du Bitscherland étant sans conteste celui à la Vierge de Bon-Secours à Mouterhouse. Mais à côté de ces manifestations pélerines, tout à fait spécifiques de la piété baroque, il y avait aussi des pratiques plus superstitieuses, comme à Ormersviller, où les habitants déposaient dans la chapelle Sainte-Croix des balais neufs, destinés à protéger le bétail contre les puissances maléfiques. A Lengelsheim, au début du XVIIe siècle, Nicolas Fuchs allait jusqu'à fabriquer des ceintures ou des manteaux permettant de savoir à quel saint il fallait se vouer, en fonction des maladies.

L'église St. Pierre d'Hottviller, reconstruite en 1884.


Monuments funéraires

Taillés dans le grès, sans doute par les mêmes sculpteurs que les croix et les calvaires, et ayant suivi la même évolution formelle ou stylistique, les monuments funéraires ont particulièrement souffert des gôuts nouveaux et ont été très souvent remplacés par des tombeaux en granit polit.

Au XVIIIe siècle, ce sont de petites stèles à la partie supérieure chantournée sur laquelle se détache une croix aux extrémités trilobées. Elles sont souvent décorées d'une niche à coquille simulée, les thèmes iconographiques les plus usités étant le cœur percé de trois clous, le monogramme du Christ, le crâne et les tibias ; paLa tombe d'un soldat allemand de la guerre de 1870, surmonté d'une croix en fonte, est située dans le cimetière de Reyersviller.rfois aussi, les bras de la croix sont ornés de grosses fleurs. A partir du début du XIXe siècle, les croix deviennent plus grandes mais aussi plus sèches dans leur sculpture, preant parfois la forme d'un violon. Les saints patrons des défunts remplacent fréquemment les sujets macabres, tandis qu'au revers sont quelquefois représentés un saule pleureur ou les Cinq Plaies du Christ, un thème de méditation souvent proposé aux fidèles dans la région et en Alsace, qui évoquait les mains et les pieds de Notre-Seigneur percés de clous et le Cœur transpercé par un glaive, source de salut pour le fidèle à l'heure de la mort. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les monuments se calquent sur la production générale de la Lorraine, imitant la nature avec des amoncellements de pierres ou s'inspirant de l'art gothique.

Dans quelques rares cimetières, on trouve encore des croix en fonte produites localement, les unes signées par J. Mayer « artiste à Bitche » dans les années 1840-1850, les autres fondues à partir des années 1870 par l'usine de Dietrich à Mouterhouse. A chacun de ses ouvriers décédés, celle-ci offrait une croix au décor néo-gothique, toujours la même, à laquelle elle ajoutait le nom du défunt et la date de son décès. 


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