Aux confins de la Lorraine orientale, le Pays de Bitche s'avance vers l'Alsace. Pays de frontières et de carrefours, il subit les influences de ses nombreux voisins : l'Alsace bossue, le pays de Haguenau et de l'Outre-Forêt, le Palatinat, ainsi que la Lorraine, à laquelle il est réuni par un étroit couloir de moins de cinq kilomètres de large, occupé seulement par la ville de Sarreguemines. Les idées et les croyances ne connaissent, fort heureusement, aucune frontière et c'est ce qui explique les différents courants qui ont traversé le petit territoire du Bitscherland au cours de son histoire.
Culte catholique
Article détaillé : Catholicisme dans le Bitscherland
Nous devons renoncer à acquérir une connaissance précise de l’origine du Christianisme dans notre région. On admet très probable une première évangélisation à l’époque romaine au IIIe siècle, mais surtout à partir de l’édit de Milan, en 313, par lequel l’empereur Constantin accorde aux chrétiens la pleine liberté de culte. Les premiers missi
onnaires, dont les noms resteront toujours inconnus, forment alors des groupes chrétiens dans les villages celtiques et romains de la partie occidentale du Pays de Bitche, la partie orientale, encore toute couverte de forêts, ne comprend que de rares habitations.
L’occupation du pays par les Alamans et par les Francs fait reculer, sinon disparaître, le culte chrétien. La conversion des Francs, inaugurée par le baptême de Clovis en 496, favorise la seconde évangélisation définitive de toute notre région. Les missionnaires sont probablement des Gallo-romains et surtout des Irlandais. D’après la tradition, St. Fridolin (mort en 538), fonde un sanctuaire en l’honneur de saint Hilaire, Hilariacum, dans la vallée où va se développer un jour la ville de St. Avold. A la même époque, saint Arnoual, 27e évêque de Metz, aurait évangélisé la vallée de la Sarre. Le village de St. Arnoual, près de Sarrebrücken, garde son nom et sa tombe.
Un puissant élan est ainsi donné aux missions, dont l’action s’étend progressivement dans nos vallées. Dans la suite, les abbayes bénédictines, fondées dans le Bliesgau, sont des centres religieux dont l’influence rayonne jusque chez nous. Comme le prouvent les documents des siècles suivants, ces abbayes possèdent des terres dans nos villages et ont le patronage de plusieurs paroisses. Ces indications nous autorisent à penser que les bénédictions coopèrent à la création de plusieurs paroisses. L’église de Verdun possède des terres à Obergailbach et à Montbronn en 1255.
Vers 740, l’abbaye bénédictine de Hornbach est fondée par St. Pirmin, originaire du royaume wisigoth. Le village de Loutzviller (Locvillare), est cité dans la vie du saint abbé. L’abbaye exerce le patronage sur la paroisse de Betbur, devenue Bettviller au 16e siècle.
1. Les paroisses
Selon le progrès de l’évangélisation, les paroisses sont fondées. Les fondateurs des églises, les abbayes et les seigneurs locaux en sont les propriétaires et les patrons. Ils s’arrogent donc le droit, toléré puis reconnu de fait par l’Eglise, d’en nommer les curés. L’évêque diocésain, qui seul peut conférer l’institution canonique, ne peut guère la refuser, à moins de graves motifs. Il nomme donc rarement directement les titulaires. Ainsi
, dans le Pays de Bitche, l’évêque a le droit de collation sur la seule paroisse de Soucht, village fondé en 1629. On a déjà cité les paroisses relevant de l’ancienne abbaye de Hornbach. Les abbaye fondées au XIIe siècle exercent le même droit. Celle de Sturzelbronn possède le patronage des vastes paroisses de Walschbronn et de Schorbach, englobant toute la région de Bitche.
La paroisse de Loutzviller dépend de 1115 à 1609 de l’abbaye bénédictine Sainte-Croix de Bouzonville, fondée en 1030 par Adalbert, comte du Niedgau et de Metz, ancêtre des ducs de Lorraine. L’ancienne et puissante abbaye de Herbitzheim a, pour sa part, le patronage de Volmunster et de Rahling. Après la destruction de l’abbaye en 1557, le patronage passe au duc de Lorraine. Du nombre des patrons laïcs, il faut citer les seigneurs de Bitche, c’est-à-dire depuis 1297 les seigneurs de la première maison de Zweibrücken et leurs successeurs, depuis 1572, les ducs de Lorraine et depuis 1766 les rois de France.
2. Les paroisses
Les paroisses, peu nombreuses, comprennent forcément un grand nombre d’annexes. Au début, les offices religieux sont célébrés uniquement dans l’église-mère. C’est là que se trouvent les fonts baptismaux et autour des ses murs que s’étend le cimetière. Dans les annexes plus importantes ou trop éloignées s’élèvent plus tard d’autres églises. Les fonts baptismaux et quelquefois un cimetière spécial leur sont concédés. Souvent, un vicaire résident y exerce le ministère paroissial, mais toujours sous la dépendance du curé de l’église-mère. Les simples annexes construisent souvent des oratoires ou petites chapelles où se fait quelquefois un service plus ou moins complet. On parle dans ce cas de chapelle desservie. Mais même alors les fidèles de ces annexes dont cependant ordinairement obligés d’assister aux offices de l’église-mère aux grands jours de fête.
Bitche, siège de l’actuel archiprêtré, est jusqu’à la Révolution simple annexe de la paroisse de Schorbach. Le vœu légitime de les voir ériger en paroisse se heurte longtemps à l’opposition des patrons. Cependant, au XVIIIe siècle, l’annexe de Bitche a une première satisfaction : le curé de Schorbach peut résider à Bitche, tandis qu’un vicaire résident le remplace dans le centre officiel de la paroisse. En 1802, enfin, lors de la nouvelle organisation diocésaine, la ville est érigée en paroisse distincte et élevée au rang d’archiprêtré. Le premier archiprêtre de Bitche est l’abbé Dominique-Chrétien Lacombe, né
à Sarrebourg. Il est tout d’abord curé à Haut-Clocher en 1762, de Siersthal de 1773 à 1793 et archiprêtre de Hornbach. Dans ces deux paroisses, il a créé un noviciat de Sœurs de la Divine Providence, fondée par l’abbé Moye. Il refusera de prêter le serment schismatique et mourra en 1815.
3. Revenus des paroisses
Dans le courant des siècles, les paroisses acquissent des terres, souvent très étendues, grâce à la libéralité des seigneurs et des fidèles. Les chartes de donation, originaux ou copies, forment aujourd’hui le trésor de nos bibliothèques et constituent les principales et souvent uniques sources de l’histoire locale, civile et religieuse. En outre, les curés perçoivent la dîme, redevance en nature sur les produits de la terre, étendue par Charlemagne à tout le royaume des Francs. Tous ces revenus forment alors le budget du culte, qui ne figure pas dans les comptes de l’Etat, et doivent couvrir toutes les dépenses exigées pour l’entretien du clergé et pour la construction et la réparation des églises. De plus, d’après les lois ecclésiastiques, une part déterminée est destinée à la distribution d’aumônes en faveur des pauvres de la paroisse, toujours très nombreux dans nos contrées où l’activité industrielle est encore très peu développée.
Les ressources suffiraient largement si leur totalité était intégralement à la disposition du clergé des paroisses. Mais en réalité, celui-ci n’en perçoit qu’une faible partie, la portion congrue, souvent à peine suffisante. Le reste, c’est-à-dire la masse, est possédée par d’autres établissements religieux, surtout des abbayes. Dans ce cas, il est vrai, les revenus ecclésiastiques sont encore dépensés pour les œuvres d’intérêt religieux. Mais trop souvent, ils sont totalement détournés de leur destination primitive. En effet, les seigneurs locaux les usurpent régulièrement à leur profit, préludant ainsi à la confiscation totale par les princes protestants au XVIe siècle et surtout par la Révolution du XVIIIe siècle.
4. Administration diocésaine
Presque toutes les paroisses du Pays de Bitche font partie de l’ancien évêché de Metz qui, jusqu’à la Révolution, s’étend encore plus loin à l’est dans le Palatinat, comprenant l’ancien Rosselgau avec St. Arnoual, près de Sarrebruck, ainsi que St. Ingbert, Blieskastel, Hombourg-la-Forteresse, Zweibrücken et Pirmasens. Toutes les paroisses dépendent de l’archidiaconé de Sarrebourg, réparties en deux archiprêtrés :
- L’archiprêtré de Hornbach, comprenant toutes paroisses du Bitscherland à l’exception de Rahling.
- La paroisse de Rahling dépend de l’ancien archiprêtré de Bouquenom (Sarre-Union), qui fait partie de l’évêché de Metz jusqu’à la Révolution. Au XVIe siècle, il passe en grande partie à la Réforme et est rattaché au diocèse de Strasbourg en 1802.
Les archiprêtrés portent le nom de leurs chefs-lieux mais le curé du chef-lieu n’est pas régulièrement, comme depuis 1802, en même temps archiprêtre. Au contraire, l’archiprêtre est élu chaque année au synode rural par les curés, qui sont tous éligibles. Depuis 1700, c’est l’évêque qui nomme les archiprêtres. Les anciennes paroisses d’avant la Révolution se répartissent ainsi dans les cantons actuels :
- Schorbach avec ses nombreuses annexes de Bitche, Hanviller, Eguelshardt, Haspelschiedt, Roppeviller, Mouterhouse ou encore Reyersviller.
- Sturzelbronn, desservie par les moines de l’abbaye cistercienne.
- Liederschiedt, depuis 1770.
- Rohrbach
- Achen
- Gros-Réderching
- Montbronn
- Rahling
- Siersthal, jadis la plus riche paroisse du diocèse.
- Soucht, paroisse sans érection officielle.

- Weidesheim, cité comme paroisse mais en fait vicariat à résidence, ne dépendant d’aucune résidence. Le village est annexe de Kalhausen depuis 1802.
- Volmunster
- Guiderkirch, avec son annexe d'Erching.
- Loutzviller, une très vaste paroisse.
- Obergailbach
- Walschbronn, très ancienne paroisse.
- Rimling, depuis 1705.
5. La Réforme protestante
Les novateurs du XVIe siècle que sont Luther et Calvin se proposent de réformer l’Eglise du Christ et la ramener à la pureté évangélique. Des milliers d’âmes ferventes éprises d’idéal adhèrent à leurs idées. Mais la politique entre en jeu. Les princes séculiers, au lieu de réformer d’abord leurs mœurs, poursuivent avant tout leurs intérêts matériels, en confisquant au nom de la Réforme les biens des églises et des couvents. Réclamant pour eux-mêmes la liberté religieuse, ils la refusent à leurs sujets. « Cujus Regio, eius et Religie » : le maître de ma région est aussi celui de la religion. Tel est leur principe anti-libéral et certes immoral, pratiqué dès le début et passé en loi d’Empire en 1552 et 1555, par le traité de Passau et la paix d’Augsbourg. Les sujets sont forcés d’embrasser la confession de leur prince ou de quitter le territoire. Ainsi, les progrès et les échecs de la Réforme dépendent avant tout de l’attitude des princes. Dans notre région, le seigneur le plus puissant, le duc de Lorraine, reste fidèle à la foi de ses ancêtres et est décidé à la maintenir dans ses territoires.
En 1525 éclate la grande révolte des Paysans, appelés aussi Rustauds, excités par des prédicants luthériens fanatiques. Les revendications sociales, certes justifiées, sont trop radicales. Mais interprétant à leur façon la Réforme luthérienne, les révoltés commettent d’abominables violences contre les églises et les couvents. L’abbaye cistercienne de Sturzelbronn est ravagée, comme les proches couvent de Gräfinthal et abbaye de Herbitzheim. L’intervention du duc est énergique et décisive. En 1570 s’éteint à l’abbaye de S
turzelbronn le dernier comte catholique de la famille de Bitche-Zweibrücken, Jacques, seigneur de Bitche et de la moitié de la seigneurie de Lichtenberg, héritée par son aïeul en 1480. La succession passe à son gendre, protestant, Philippe V de Hanau-Lichtenberg. Aussitôt, celui-ci se met à introduire la Réforme, déjà imposée dans ses domaines de Lichtenberg. Après quelques protestations infructueuses, le duc de Lorraine occupe le pays en 1572 et rétablit le culte catholique. Le comte de Hanau-Lichtenberg peut cependant maintenir la Réforme dans ses villages de Baerenthal et Philippsbourg. Ces deux localités se trouvent d’ailleurs dans les limites de l’évêché de Strasbourg jusqu’en 1802.
Le village de Loutzviller, fief de la seigneurie de Bitche, est engagé depuis 1569 et jusqu’en 1599 à Marguerite de Haraucourt, veuve de Jean de Schwarzenberg, près de Merzig. Protégée par la dame, la Réforme peut s’y répandre, mais elle est arrêtée quand le duc de Lorraine occupe le pays en 1599.